Accueil > Auteur
Auteur, fondateur et signataire des contenusJimenez Julien, celui qui a compté les heures de bordereau
Liassia n’est pas né d’une étude de marché sur la profession d’avocat. Il est né d’un vendredi soir passé dans un cabinet de trois avocats, à regarder une assistante retamponner quatre-vingt-onze pièces parce qu’une attestation était arrivée trop tard.
Écrire pour le secrétariat avant d’écrire pour l’associé : c’est la seule règle qui n’a jamais bougé.
Un vendredi soir, une pile de quatre-vingt-onze pièces
Je travaillais alors sur un tout autre sujet, un outil de gestion documentaire pour un bureau d’études. Un ami avocat m’avait demandé de passer voir pourquoi son cabinet perdait autant de temps sur des tâches qu’il jugeait mécaniques. Je suis arrivé un vendredi à dix sept heures. À vingt et une heures trente, l’assistante en était à la soixante-quatrième page tamponnée. La clôture était le lundi. Une attestation venait d’arriver et devait s’insérer entre la pièce 46 et la pièce 47.
Ce qui m’a frappé n’est pas la lenteur. C’est la nature du travail : recopier, décaler, vérifier, recommencer. Personne dans cette pièce n’exerçait son métier. L’avocat relisait ses conclusions à la recherche de renvois devenus faux. L’assistante alignait un tampon à la main sur des pages A4. Et tous les deux savaient qu’une erreur de numéro, invisible ce soir là, pouvait faire écarter une pièce des débats trois mois plus tard.
Je suis reparti avec une photographie du bordereau et une question simple : pourquoi ce document, qui obéit à des règles écrites dans le code de procédure civile depuis des décennies, se fabrique t il encore à la main ?
Dix huit mois d’observation avant la première ligne de code
J’ai passé les mois suivants à demander à voir des liasses. Des vraies, dans des cabinets qui ont bien voulu m’ouvrir leurs chemises : un cabinet de droit social à Lille, deux structures de contentieux de la construction dans le Sud, un avocat postulant près une cour d’appel de l’Ouest, et un cabinet d’affaires parisien de douze avocats. J’ai regardé travailler des assistantes, des collaborateurs et des associés. J’ai noté tout ce qui se faisait deux fois.
Trois constats sont revenus partout. Le premier : la douleur n’est pas la première numérotation, c’est la renumérotation. Tant que rien ne s’intercale, tout va bien. Le second : la personne qui souffre n’est pas celle qui décide de l’achat, et c’est pour cela que le sujet n’avait jamais été traité. Le troisième, le plus important : personne ne fait confiance à un outil qui demande d’envoyer les pièces d’un client sur un serveur. Le secret professionnel n’est pas une préférence, c’est une obligation déontologique.
Ce troisième constat a défini l’architecture de Liassia avant toute autre décision. Le traitement des fichiers devait se faire intégralement dans le navigateur, sur le poste du cabinet. Cela m’a coûté beaucoup de temps de développement, notamment pour la reconnaissance optique et la lecture des fichiers Word. Cela reste, aujourd’hui encore, l’argument qui décide les cabinets réticents.
Ce que j’ai appris du bordereau
Un bordereau de communication de pièces raconte tout du dossier et tout du cabinet. Sa mise en page dit si le secrétariat est débordé. Les mentions bis disent si la mise en état a été mouvementée. Les intitulés disent si l’avocat a repris chaque pièce ou s’il a laissé les noms de fichiers du client. Un magistrat s’en aperçoit en trois secondes.
J’ai donc écrit Liassia autour de ce document plutôt qu’autour d’une base de données. Le bordereau n’est pas une sortie parmi d’autres, c’est le centre du logiciel. Les pièces existent pour lui, les tampons le rendent vérifiable, et le contrôle de cohérence n’est rien d’autre que la confrontation du bordereau avec les conclusions qui prétendent le citer.
La deuxième chose que j’ai apprise concerne les renvois. Un avocat ne cite pas ses pièces d’une seule manière. Il écrit pièce n° 12, puis nos pièces 12 et 14, puis pièces 12 à 18, puis parfois pièce adverse n° 4. Il fallait reconnaître toutes ces formes dans un document Word réel, avec ses styles, ses notes de bas de page et ses tableaux, sans jamais casser la mise en forme. C’est la partie du logiciel qui m’a demandé le plus de reprises.
Méthode et convictions produit
Je construis des logiciels selon quatre principes que Liassia applique à la lettre.
- L’outil s’adresse à l’utilisateur quotidien, pas au signataire du chèque. L’interface de Liassia parle à l’assistante et au collaborateur. Si eux l’adoptent, l’associé suit. L’inverse ne se produit jamais.
- Un logiciel doit faire une chose et la faire complètement. Liassia ne gère ni les temps passés, ni la facturation, ni l’agenda. Il traite la mécanique des pièces, du versement à la communication, et il la traite jusqu’au bout, y compris la partie ingrate du découpage aux limites du RPVA.
- Les données du client ne sortent pas de chez lui. Rien ne justifie qu’une pièce couverte par le secret professionnel transite par un serveur pour être compressée. Ce qui peut se calculer en local se calcule en local.
- Le vocabulaire du métier est le vocabulaire de l’interface. On dit cote, bordereau, mise en état, numéro bis, jeu de plaidoirie. On ne dit pas document, référence, flux ni espace de travail.
J’ajoute une conviction plus personnelle : un éditeur de logiciel doit savoir refuser une fonction. Plusieurs cabinets m’ont demandé d’ajouter la rédaction assistée des conclusions. J’ai dit non, et je continuerai. Ce n’est pas mon métier, et ce serait une manière détournée de demander aux cabinets de me confier le contenu de leurs dossiers.
La formation, le barreau et le bouche à oreille de palais
Une part importante de mon temps est consacrée à des ateliers pratiques, organisés avec les commissions numériques de barreaux et avec des écoles régionales d’avocats. Ces ateliers ne s’adressent pas aux associés mais aux collaborateurs et aux secrétariats, et ils portent sur des gestes concrets : monter une liasse propre, préparer un envoi RPVA qui passe du premier coup, relire un jeu de conclusions à la recherche de renvois orphelins. Ils sont gratuits et je les assure moi même.
Le reste vient du palais. Un confrère qui reçoit un bordereau lisible, avec des fichiers qui s’ouvrent sans manipulation, demande d’où il vient. C’est le meilleur canal de diffusion que je connaisse, et c’est aussi celui qui oblige le produit à rester impeccable : personne ne recommande un outil qui produit un document approximatif.
L’éditeur, MLJ
Liassia est édité par MLJ, société par actions simplifiée unipersonnelle au capital de 500,00 euros, immatriculée sous le numéro SIREN 934 769 837, inscrite au registre du commerce et des sociétés de Paris depuis le 30 octobre 2024. J’en suis le fondateur et le directeur de la publication.
MLJ édite plusieurs logiciels destinés à des métiers précis, tous conçus selon la même méthode : observer longuement un poste de travail réel, ne traiter qu’un seul problème, et le traiter en entier. La structure est volontairement légère, ce qui permet de répondre vite et de parler directement à la personne qui utilise le produit.
Si vous voulez discuter d’un dossier, d’une pratique locale de bordereau ou d’un atelier pour votre barreau, écrivez à jimenezjulien42@gmail.com. C’est moi qui réponds.
Les neuf articles du Cahier de mise en état
Le magazine de Liassia est écrit et signé par mes soins, puis relu avec des assistantes juridiques et des collaborateurs en contentieux. Les neuf articles ont été mis en ligne le 3 septembre 2026, le jour de l’ouverture du site.
-
Insérer une pièce à deux jours de la clôture sans tout renuméroter
Guide pratique, publié le , 8 minutes de lecture
-
Bordereau et communication de pièces : ce que le code impose vraiment
Réglementation, publié le , 9 minutes de lecture
-
Pièce écartée des débats : les six erreurs les plus coûteuses
Erreurs à éviter, publié le , 8 minutes de lecture
-
Tampon manuel, PDF assemblé ou chaîne outillée : trois méthodes comparées
Comparatif, publié le , 8 minutes de lecture
-
Un dossier prud’homal de quatre-vingt-dix pièces, de bout en bout
Cas d’usage, publié le , 9 minutes de lecture
-
La liste des contrôles à passer avant l’ordonnance de clôture
Liste de contrôle, publié le , 7 minutes de lecture
-
L’année du cabinet mois par mois : les pics de bordereaux
Calendrier, publié le , 8 minutes de lecture
-
Ce que coûte réellement une communication de pièces mal tenue
Chiffrage, publié le , 8 minutes de lecture
-
Communication des pièces : ce qui change et comment s’y préparer
Tendances, publié le , 8 minutes de lecture
Aucun de ces articles ne vend le logiciel : ils décrivent la règle et le geste, et le lecteur juge ensuite si l’outil lui fait gagner du temps.
Ouvrir Le Cahier de mise en état